LCNAS & masques: Audition du DGGN devant la Commission de la défense nationale et des forces armées

Récemment a été publiée le compte rendu de l’audition du 13 mai 2020, à huis clos, de M. Christophe Rodriguez, directeur général de la gendarmerie nationale. Voir l’intégralité ici.

Pour se remettre dans le contexte, rappelons que le confinement a débuté le 17 mars et s’est terminé le 11 mai 2020, soit deux jours avant cette audition.

Les éléments clefs de cette audition:

DGGN: « Ma première préoccupation était de préserver le potentiel humain. Heureusement, les gendarmes se sont vite approprié les modalités de fonctionnement, les gestes barrières et se sont remarquablement adaptés pour limiter les cas d’infection. Nous n’avons déploré que deux décès, bien moins que ce que je craignais. Les gendarmes ont su s’organiser tout en restant très présents sur le terrain. Nous relevons 583 gendarmes testés positifs — mais nous n’avons pas testé tout le monde -, 338 confinés et 6 hospitalisés, dont un encore en réanimation. Nous avons tout fait pour éviter l’infection des familles, principale angoisse des gendarmes, grâce à l’engagement de toute la hiérarchie, jusqu’au niveau le plus bas. »

Notre analyse: La tournure de cette phrase laisse penser qu’en tout, la gendarmerie n’a compté que 388 confinés et 6 hospitalisés.. Or, il s’agit ici des chiffres des militaires confinés en date de l’audition. En effet, le DGGN indiquait devant les députés, le 22 avril, qu’au plus fort de la crise 2,3% des gendarmes étaient confinés, soit 2 300 personnels d’après notre calcul (se basant sur 100 000 gendarmes).

Question de M. Joaquim Pueyo: « Les gendarmes ont fait du bon travail dans l’Orne, mais ne disposaient pas de beaucoup d’équipements de protection au début de la crise. La mobilisation des personnels depuis des mois a-t-elle eu des répercussions sur leur moral et leur engagement ?« 

DGGN: « Nous avions un stock de masques FFP2 qui ont été remis aux soignants, ce qui m’a conduit à mettre l’accent sur les gestes barrières et les comportements individuels. Très peu de gendarmes ont été infectés. Au demeurant, avec un stock de 3,5 millions d’unités, nous avons de la marge, même si chaque gendarme en utilisait un par journée de travail. Et les visières ont été distribuées assez rapidement. »

Notre analyse: on peut s’interroger si « très peu » de gendarme est la bonne mesure. Quel est le chiffre réel de gendarmes confinés sur la totalité de la crise? Pourquoi n’est-il jamais donné. Par ailleurs, et c’est révélateur de ce que pense le DGGN du port du masque, M.Christian RODRIGUEZ pense qu’un masque par jour par gendarme suffit.

Question de M. Jean-Louis Thiériot: « […] L’immobilier de la gendarmerie a une incidence directe sur la vie quotidienne des brigades et de leurs familles. Un plan de relance n’est-il pas l’occasion d’accélérer les travaux tout en favorisant l’emploi local ? »

Absence de réponse du DGGN..

Question de M. Laurent Furst: « Le confinement des gendarmes et de leurs familles pose la question du logement et de sa qualité. Les nouvelles générations de gendarmes appellent-elles à d’autres modes de logement que le casernement ? »

Question de M. Thibault Bazin: « L’engagement des gendarmes a également été remarquable en Meurthe-et-Moselle. La vacance de postes ou les mutations fréquentes sont souvent liées aux mauvaises conditions de logement. Le plan de relance ne doit-il pas comporter un volet plus ambitieux pour le logement des gendarmes ? »

DGGN: « Le désir d’une autre formule de logement n’est pas le fait des jeunes, mais de ceux qui, à force de mutations, sont revenus dans leur région d’origine et souhaitent habiter dans leur logement avec leur famille plutôt qu’à la gendarmerie. Mais quelle limite de distance fixer à la possibilité d’habiter son propre logement ? Quelle application faire du droit du travail ? Si le gendarme est en mesure d’intervenir immédiatement, c’est parce qu’il habite sur place et parce qu’il est militaire. Modifier l’un des deux critères reviendrait à transformer la gendarmerie en police nationale. Quand on est gendarme, on est militaire et on habite sur place. En corollaire, on doit disposer de logements corrects. J’ai fait déménager une brigade complète le mois dernier après avoir vu des photos de logements dans un état inadmissible. Nous regarderons de près la situation sur le territoire national. Les taudis ne doivent plus être acceptés. »

Notre analyse: les gendarmes sont l’exceptions des militaires habitant sur place. Dans les autres armées, seuls quelques volontaires du rang habitent en caserne. Le DGGN a par ailleurs décrété que les jeunes gendarmes n’ont le désir d’aucune autre formule de logement. Ceux-ci ont-ils été sondés? Est-ce qu’un rapport sur la vie en caserne a récemment été réalisé par la DG? Il apprendrait qu’il n’y a pas que les gendarmes qui sont retournés dans leurs régions d’origines qui ont souhait d’habiter dans un logement qui serait le leur, et la première raison et la qualité des logements. Pour aller plus loin: https://eunomie.org/les-chiffres-terribles-du-lcnas-en-gendarmerie/

Question de Mme Carole Bureau-Bonnard: « Votre stock de masques est-il suffisant pour réaliser les escortes vers les tribunaux, non seulement pour les mis en cause mais aussi pour les gendarmes eux-mêmes, qui ont un devoir d’exemplarité à l’égard du public ? »

DGGN: « Pour le port du masque et des visières, nous appliquons la directive gouvernementale. Vous avez raison d’évoquer le devoir d’exemplarité. Nous avons fait une réunion de calage des normes et des doctrines afin que les gens de terrain sachent quand porter le masque. Dès lors qu’on n’est pas capable d’être à plus d’un mètre, notamment dans un véhicule, il faut en mettre un. »

Notre analyse: Le DGGN, outre le fait de prendre ses personnels pour de la « troupaille », doit bien faire rire les Députés, devant lesquels il déclarait le 22 avril 2020: « En revanche, ce que je leur ai dit dès le début, c’est qu’un masque porté de manière préventive ne sert à rien. Voir deux gendarmes dans une voiture avec un masque, je trouve ça ridicule ». Preuve est faite que le DGGN n’a pas une vision éclairée.

Autres déclarations du DGGN intéressantes:

Je souhaite que de moins en moins de gens viennent dans les brigades et que nous allions au contact des gens. Grâce à l’évolution des moyens techniques, les brigades ne devraient plus faire d’accueil dans une grande partie du territoire. Nous allons expérimenter des dispositifs permettant aux gendarmes d’aller vers la population plutôt que d’obliger celle-ci à venir à la brigade.

Nous réajustons çà et là les effectifs. Le maillage a été beaucoup réduit, ces dix dernières années, et nous allons cesser de le faire. Le mode de fonctionnement de la brigade va évoluer dans les territoires les moins sous tension, mais dans d’autres, comme le Var, il n’est plus possible d’organiser de rendez-vous avec la population, sinon l’hiver. Je reviendrai vers vous pour évoquer les mesures afin d’améliorer notre fonctionnement.

Afin de renforcer le maillage territorial, je voudrais revoir certaines méthodes. Des réservistes pourraient garder leur arme à la maison, ce qui permettrait, en cas de nécessité, de réagir dans les dix minutes, ce qui laisserait le temps d’envoyer la brigade. Les Suisses laissent bien leurs armes aux réservistes. La proximité, c’est aussi une présence « bleue » plus rapide.

Voir notre article sur sa précédente audition: https://eunomie.org/le-dggn-se-soustrait-aux-questions-des-representants-de-la-nation/